Sous le logo Boitapicsel, un couple de retraités de Plœmeur, Jacques Losay et son épouse Anne-Marie, mettent en boite depuis des années l'actualité et la vie locale avec une approche citoyenne caractéristique et une liberté de ton totale. Jacques nous raconte cette passion personnelle, ses plaisirs et ses difficultés.
La vidéo est présente dans ta vie depuis longtemps ?
Très longtemps. On a toujours fait des films de famille et et Anne-Marie m'a dit un jour qu'il fallait qu'on en fasse quelque chose. Donc on a voulu apprendre à faire un montage très sommaire de façon à enlever ce qui était mauvais, les blancs, les passages inutiles. Et éventuellement aussi, mettre de la musique. On s'est donc inscrit à la Maison du temps libre à Lanester dans une association de vidéo amateur.
C'est là qu'a démarré un travail vidéo plus scénarisé ?
Oui, dans ce club, nous avons rencontré deux jeunes plutôt doués qui préparaient un concours de vidéo organisé par la médiathèque. Comme ils manquaient d'idées, je leur en ai donné quelques unes. Leur film a eu le prix spécial du jury. Il était remarquable, très prenant, en vision subjective, sur la Résistance, sur les fusillés du port de Penthièvre. Ça a créé une émulation. C'est là qu'on a créé Boitapicsel en 2001. Ce n'est pas une association, il n'y a pas de structure. C'est un nom générique et un site internet avant tout qui permet de réunir tout ce qu'on fait.
Du coup la vidéo est devenu une réelle activité ?
Oui, c'est devenu une passion dévorante et je me demande comment ça se serait passé si je l'avais eue parallèlement à ma vie professionnelle. J'aurais peut-être été très malheureux parce que je n'aurais pas eu le temps d'assouvir cette passion comme je peux le faire aujourd'hui. Là, je fais ce que je veux. Je suis libre et surtout libre des sujets que je veux traiter.
Cette liberté de ton est essentielle pour toi ?
Totalement ! J'ai été membre à un moment d'une association locale de vidéo qui vendait à la mairie des films que j'étais chargé de réaliser. Mais ce que je rendais ne plaisait pas toujours. Comme j'étais bénévole, je ne me sentais pas obligé de suivre une ligne. Au bout de 2 ou 3 ans, j'ai abandonné pour faire ce que je voulais. J'ai juste recréé une section locale des Vidéonautes* sur la demande de la mairie de Plœmeur pour pouvoir bénéficier régulièrement de l'Océanis pour présenter nos travaux.
"Drôles de bobines"
En quoi consistent ces soirées à l'Océanis ?
Elles sont organisées par un collectif d'associations qui s'appelle les Lieux-Dits et dont on fait partie à travers notre petite branche des Vidéonautes. Les Lieux-Dits organisent de nombreuses manifestations autour des nombreux sites de Plœmeur : Kerroch', Lomener, Fort Bloqué, etc. Nous, nous filmons tout ça.
Tu es un peu le caméraman des Lieux-Dits ?
Oui, jusqu'à maintenant. Mais il y a maintenant un service vidéo à la mairie maintenant. Et moi, je ne tiens pas à être le cinéaste officiel de la commune. Par exemple, tous les ans il y a les Botaniques de Plœmeur, une manifestation autour des plantes rares. Jusque là, une association vidéo locale faisait un film pour la mairie mais c'était très plan-plan. Ils filmaient deux ou trois stands, faisaient parler les exposants avec un peu de musique. C'était très convenu.
Tu as donc décidé de faire ton propre film ?
Oui. Je me suis posé des questions, je me suis demandé pourquoi tous ces exposants venaient de toute la France ici, à Plœmeur. J'ai donc pris la liste et j'en ai rencontré certains chez eux. Et là, on s'est aperçu qu'en tirant le fil, il y a un tas de sujets passionnants derrière: la filière bio, les travers de la jardinerie, etc. J'ai creusé le sujet, j'ai aussi rencontré un agriculteur, conseiller de l'opposition. Ça a fait donc un film qui n'était pas politiquement correct. Ça a causé quelques discordes. On a diffusé le film à l'Océanis lors d'une soirée spéciale. La salle était pleine, il y a eu des débats.
Et cette notion de film-débat, c'est tout ce que tu recherches, n'est-ce pas ?
Oui, ce jour là, on a parlé d'écologie par exemple. Mais moi, je ne suis pas documentariste. Je cherche à donner un coup de cœur, une impression et faire réagir les gens.
Tes sujets partent toujours d'une envie personnelle ?
Ah oui ! Et c'est pour ça que si j'en avais fait mon métier, j'aurais été très malheureux parce que j'aurais dû plus travailler sur commande. A part toi et Anne-Marie, qui travaille avec vous ? Dans cette petite branche locale des Vidéonautes, il y a deux, trois personnes et pas mal d'amis pour des coups de main, des voix off, etc. On a pas mal de copains comédiens.
Tes centres d'intérêt ont toujours une touche politique ? Tu es très sensible à l'actualité ?
Oui, c'est l'humanité qui m'intéresse. Je veux que mes films aient un sens sans que ce soit forcément des pamphlets. Il faut dire quelque chose même dans les sujets les plus banals. Une fois, dans le cadre des Lieux-Dits, les pêcheurs ont exprimé un problème de recrutement des jeunes. Ils ont donc voulu leur offrir une journée en mer. Je les ai accompagnés et en l'espace de quelques minutes dans ce film, ils ont parlé de tous les problèmes de la pêche actuelle.
"Dégazage"
Tu as même eu un film qui est arrivé dans le journal télévisé de TF1 ?
C'est parti d'une commande Une de nos amies est chef de service de radiothérapie à l'hôpital Bodelio. Elle m'a demandé de faire un film de présentation de son service pour montrer aux patients. Je ne me sentais pas très capable de faire ça. J'en ai parlé à un copain réalisateur à Eurosport qui m'a aidé à le faire. De fil en aiguille, ça a atterri à la rédaction de TF1 qui me l'a demandé pour un reportage. Il ne faut pas se faire d'illusions, ça leur a économisé des prises de vues...
Tes films sont souvent diffusés sur le site d'An Oriant TV ? Internet est une source de diffusion inespérée pour la vidéo ?
Oui, mais je suis sceptique. Les films sont très exposés et donc exposés aux commentaires et aux critiques parfois très dures. Par exemple, j'ai interviewé récemment le chanteur Karim Kacel qui est venu chanter à l'Océanis. Et on m'a reproché de faire l'apologie de la Kabylie au détriment de l'Algérie ! On me traite aussi d'antisémite parfois quand je parle de Gaza, ou anti-religieux, ou anti-Sarkozy. Il faut en être conscient et assumer mais est-ce que ça vaut la peine de s'exposer ? Tout ce qui est un peu litigieux, je pense que je ne le mettrai plus sur le web.
Tu préfères donc diffuser dans une soirée avec un débat ?
Ah oui ! De plus la qualité technique est meilleure en salle et l'attention du public aussi.
Catherine Pouplain
* Les Vidéonautes sont une association lorientaise qui vient de fêter ses 15 ans.